Rêver d'ailes

La fable : Ils sont deux. Ils portent. Que portent-ils ? Pourquoi portent-ils ? Ils ne le savent plus, c'est un rituel absurde, mais dont ils ne songent pas à se défaire : le poids écrasant des habitudes, ou bien l'inflexible carcan des traditions sont tels qu'une autre vie ne se peut concevoir.

Lorsque l'un d'eux, enfin, par hasard, s'interroge, il ne le fait qu'en tremblant. Mais rien ne se produit, il n'est pas foudroyé, la terre ne l'engloutit pas, alors il continue. Il donne libre cours à son imagination, il rêve d'ailes et d'espace, de franchir les murailles qui les enserrent.

Le voici déjà en l'air, dans des hauteurs bleutées où il se sent incroyablement libre. Libre mais seul. Et seul, il ne sait guère jouir de cette liberté.

Et celui qui est resté en bas, qui a tout fait pour qu'il ne parte pas, connaît, à ras de terre, les affres de l'abandon. Il leur faudra se retrouver pour apprendre ensemble, lentement mais sûrement, le bon usage d'un monde enfin ouvert à tous les possibles.

Il ne me semble pas nécessaire de commenter le « pitch » de cette pièce : elle est le reflet de l'exaspération que me causent depuis bien longtemps un monde où les croyances ne sont jamais interrogées, les connaissances peu vérifiées, les certitudes jamais remises en cause. Il n'est pas étonnant que dans ce monde-là, on arrive à se persuader que chacun, comme les oiseaux, puisse voler !

Rêver d'ailes figure, avec un texte de Suzanne Lebeau, Souliers de sable, dans un ouvrage publié par le SCEREN (actuellement CANOPE) en 2008 : Ecritures théâtrales et jeune public (collection Savoirs en pratiques). Il comporte aussi des textes de professeurs relatant les travaux qu'ils ont effectué avec leurs élèves (de la maternelle à la terminale ! ) autour de ces deux textes.

Rêver d'ailes a fait l'objet, également en 2008, d'une lecture publique au Festival Intermezzo de Lyon.