EN QUARTIERS

L'immersion

L'immersion, pour quelques semaines, dans un quartier, est une leçon de modestie : on sait très vite qu'on n'ira pas partout, qu'on ne rencontrera pas tout le monde et surtout qu'on ne traversera pas toutes les apparences. On devine aussi qu'en si peu de temps, l'image du quartier sera faite pour une large part de ce qu'on y aura soi-même amené : un peu de ses états d'âmes, beaucoup de sa propre histoire. Mais après tout, c'est bien à cela que l'on pense quand on parle de poser son bagage.

Les gens

S'immerger dans un quartier, c'est d'abord rencontrer des gens, des visages qui s'ouvrent lentement, des gestes amples ou retenus. C'est entendre, et souvent susciter, une parole forcément plus souvent tâtonnante qu'affirmée, à prendre ou non au pied de la lettre, qu'elle soit profuse ou mesurée. Etre là, en tout cas, c'est prendre le risque de ne plus oublier certains regards, certains éclats de rire et même quelques larmes.

Le temps

Etre attentif à un quartier, c'est établir immédiatement un drôle de rapport au temps : il y a bien sûr ce passé, dont on vous parle si volontiers et dont les traces marquent encore très fort le paysage ; et en même temps, partout, chez tous, la manifestation évidente de la volonté de prendre le présent à bras le corps, tel qu'il est et pour ce qu'il est. Quand à l'avenir, il se perd si souvent dans un geste vague, dans la ronde éperdue des martinets au dessus des toits, dans le fracas de l'autoroute...

Les lieux

Dans un quartier, il y a des murs nus et des portes entr'ouvertes, des perspectives ouvertes et des horizons fermés, des ciels durement striés ici par les fils des trolleybus, délicatement dentelés ailleurs par la ramure des acacias, des sols rugueux contredits soudain par la douceur de la mousse. Et puis il y a ce qui a disparu, ce qui n'existe plus, ou alors seulement à l'état d'indices ténus, mais qu'un souvenir, trois mots, un geste suffisent à reconstruire dans le vide de l'air, avec le tremblé nostalgique d'un hologramme.