Le pied de la lettre / La comtesse volante

Le pied de la lettre, écrit en 1985, est créé en 1987. Je lisais les "Mémoires de Pierre Prion, scribe », édités par Julliard (collection Archives) et préfacés par Emmanuel Leroy-Ladurie, dont un passage retint toute mon attention. Pierre Prion, secrétaire d'un marquis de province, n'est pas pour autant un sédentaire : il traverse plusieurs fois la France sur ordre de son maître, et souvent dans des circonstances fort périlleuses ; une servante , du château à qui « il vient la fantaisie d'apprendre à lire et à écrire », le sollicite. Il accepte de l'enseigner mais le moins qu'on puisse dire est que cela ne se passe pas très bien. Le sujet est passionnant : qu'est-ce qui motive le désir d'apprendre ? Comment naît le plaisir d'enseigner ? Quelle est la part de l'affectif et des circonstances dans la progression d'un apprentissage ? S'interroger ainsi avec des spectateurs eux-mêmes au plus fort de leurs apprentissages est un pari. Pari gagné si l'on en juge par la carrière de ce spectacle (plus de 300 représentations, une tournée nationale).

La fable : Cinquante ans avant 1789 et le souffle un peu court, Pierre, vieux lettré errant, trouve refuge dans la bibliothèque d'une gentilhommière. Il y pourra, croit-il, remâcher à loisir et les pieds sous la table ses chemins d'aventures et donner un sens au fatras de ses souvenirs. Bref, y prendre confortablement et avec humour ses distances avec lui-même... C'est alors que surgit, insolente et naïve, Angélique, la jeune servante qui veut apprendre à lire ! Pierre connaît aussitôt, et pas tout à fait à son coeur défendant, l'un des épisodes les plus étonnants de sa vie... Imaginons la relation complexe qui va dès lors unir cet homme vieillissant et cette toute jeune femme. Voyons-le inventer - ou réinventer - d'étonnantes méthodes pédagogiques, des techniques d'apprentissage laborieuses. Jusqu'à ce que son élève lui montre, en toute naïveté, que le travail de lecture est d'abord un processus de production de plaisir, de sens, et même, en l'occurrence, de bon sens. Et inventons à ce huis-clos une fin digne des émotions et des conflits qui le traversent.

                                                          Danièle Rétif et Henri Osinski au Pied de la Lettre

Le pied de la lettre est une co-production Coeur d'Artichaut-Théâtre / Secteur Jeune Public de l'Esplanade de Saint-Etienne (ex-Maison de la Culture et de la Communication et futur Opéra-Théâtre). Il convient ici de rendre hommage à Annick Bajard qui pendant plus de 10 ans fit de ce secteur un lieu d'expérimentation de renommée nationale en composant des programmations particulièrement intelligentes pour les jeunes spectateurs et en établissant avec les médiateurs culturels (enseignants, responsables associatifs) des liens de confiance durables.


La comtesse volante est une autre pièce « historique », une pièce quasiment « de cape et d'épée », une pièce « en costume » comme j'ai souvent rêvé d'en faire. Et c'est l'aventure des frères Montgolfier, inventeurs de l'aéronautique, qui m'en donne l'occasion, à travers la lecture du livre que leur consacre Charles Coulston Gillispie, historien américain, directeur d'études à l'EHESS (chez Acters-Sud). Je ne ferai pas à mon tour œuvre d'historien : dans ma pièce, Joseph et Etienne de Montgolfier ne sont pas frères et c'est une femme qui sera le premier aéronaute ! Mais j'aurais au moins essayé, en cet hiver 2005, d'écrire une sorte de comédie scientifique. Avec un infini plaisir.

La fable : Joseph Montgolfier, papetier annonéen, est tombé dans un profond affaissement de terrain en se rendant, muni d'échantillons de papier, chez les imprimeurs avignonnais. Voici qu'un autre personnage, Etienne, qui tente de rallier lui-aussi Avignon, et ce pour des raisons encore plus impérieuses, tombe lui aussi dans ce trou. On se présente et on s'étonne : on s'appelle tous deux Montgolfier ! Mais il va falloir sortir de là et pour cela faire preuve de la plus grande inventivité ! Mais les idées ne suffisent pas, il faut aussi des moyens. C'est une comtesse (qui, elle, se gardera bien de se laisser tomber dans le trou !) qui apportera les capitaux. Mais tout se paye, d'une manière ou d'une autre...