le colis

Ce n'est pas un héros, Gus. Il se serait sûrement bien passé de cet encombrant colis, de l'arrivée inattendue, chez lui, de cet étranger. Qu'on le nomme réfugié ou migrant, il s'en fiche, Gus, il ne lui aurait peut-être pas ouvert sa porte s'il avait frappé à la porte au lieu de... C'est qu'il n'a pas que ça à faire, Gus, parce que sa vie est tellement vide que ce vide prend toute la place et l'occupe entièrement, Gus en est encore à l'apprivoiser, ce vide, et ce n'est pas simple. Mais voilà, il est là, ce jeune homme venu d'ailleurs, avec ses drôles de manières d'être, ses rêves bizarres et ce regard lucide qu'il porte sur ce qu'il voit.   Alors qu'en faire ? Que faire ? La question est préoccupante, d'autant qu'autour de chez Gus, les gens comme son visiteur ainsi que ceux qui les accueillent suscitent une hostilité de plus en plus affirmée. Alors ce serait plus facile si Gus était un héros. Mais il ne faut pas lui en vouloir à Gus, il est un peu comme tout le monde : les héros ne sont pas si nombreux. Gus est juste un brave homme, c'est tout. Et il est bien possible que ce soit suffisant pour donner un peu de sens à l'avenir.

Voilà, le théâtre fait face aux réalités. Ce n'est pas nouveau, me direz-vous. Et puis les jeunes spectateurs les connaissent aussi bien que nous, ces réalités. Il leur arrive même d'en parler dans les cours d'école. Seulement là, c'est à la maison que ça se passe, ça devient domestique et ce n'est pas l'endroit pour faire la leçon. Il n'y est pas interdit de réfléchir, pourtant...

Une approche singulière

Le colis a été créé en février 2018 par la compagnie Coeur d'art & Co, à l'Espace Le Corbusier de Firminy. Chose étonnante et  intéressante, la compagnie a souhaité remplacer une partie du texte par un équivalent musical original, avec un musicien (Dominique Lentin) en action sur le plateau. Opération à mon sens particulièrement réussie, grâce au talent du musicien et à l'habileté et la clarté de la mise en scène.