La princesse et les jardiniers

D'où venons-nous ? Avons-nous tous un roman familial sur lequel nous appuyer ? Le mien est lacunaire et il m'arrive de le regretter. Mes jardiniers sont bien plus mal lotis : ils ont un passé, certes, une vie avant leur installation dans ce jardin, mais une vie d'inquiétude et d'abandon que l'un, pour survivre, a choisi d'oublier et dont l'autre est bien trop jeune pour s'en souvenir.

La fable : Tom et Al vivent dans un jardin, un jardin qu'ils travaillent avec ardeur et ne quittent jamais. Mais Al veut voir le monde, ce qui il y a autour du jardin, ce qui existait avant le jardin. Al a deviné qu'ils n'ont pas toujours vécu là, même s'il est trop jeune pour se souvenir. Tom, lui, est plus âgé et pourrait se souvenir, au moins un peu, mais il s'y refuse. Al d'abord, Tom ensuite vont pourtant partir vers ce qu'ils imaginent être les traces de leur passé. Il leur faudra pourtant l'aide de Lila (qui se fait appeler Ella parce qu'elle aime fredonner les standards d'Ella Fitzgerald) pour recueillir un indice, certes bien mince, mais tellement émouvant.

Pièce achevée, mais dont je ne suis pas complètement satisfait : le personnage de « la princesse », en particulier, reste il me semble à travailler. J'y reviendrai.

Le Haut-Forez, source d'inspiration ?


L'air de l'eau

La fable : Ed cherche son père perdu un jour dans le désert de l'autre côté de la rivière. Mais l'a-t-il vraiment perdu ? Bila, qui passe par là, en doute (d'autant que l'attitude de Ed est étrange : il prétend ne pas entendre jouer ce piano qu'elle entend très bien, là, tout proche). Elle va pourtant entrer dans son jeu, pour le meilleur et pour le pire, car le plus orphelin des deux n'est pas forcément celui que l'on croit.

Encore une histoire d'abandon, simulé ou non. Ce dont on devrait être le plus sûr, ici, c'est de cette musique qui échange de véritables dialogues avec les personnages. Le pianiste de L'air de l'eaun'arrive pas par hasard, il est fortement inspiré des musiciens qui ont travaillé sur mes pièces ; Marc Lauras (Le silence des sables) et Dominique Lentin (L'enclos et Les yeux plissés).

Ed et Bila sont, à première vue, des enfants. Or, je n'écris pas, d'habitude, de personnages d'enfants, sachant qu'ils devront, dans une production professionnelle, être joués par des adultes, ce qui me mets mal à l'aise. Mes personnages sont souvent sans âge déterminé, avec des réactions aussi immédiates et naïves que celles des enfants mais avec une gravité somme toute très adulte. Ce qui n'est pas tout à fait le cas ici. Et c'est peut-être pour cela que L'air de l'eau est une pièce encore en suspend...